Acné, roaccutane… le témoignage poignant d’un jeune adulte

« Julien n’a que 12 ans quand les boutons envahissent son visage. De nature timide, il va traverser pendant de longues années la pire période de sa vie. Face aux moqueries et à l’abandon, il se réfugiera dans l’isolement jusqu’à atteindre le point de non-retour. Dépressif et dans l’incapacité de continuer à vivre ainsi, il prendra la dure décision du Roaccutane, un médicament nocif pour le corps mais qui s’avère souvent comme le seul véritable remède de l’acné… »


Quelle étrange sensation que de se retrouver seul devant une feuille de papier. J’aimerais dire que je suis de retour au baccalauréat, mais en l’occurrence, ce qui attend d’être inscrit sur ce site est une partie bien plus désagréable de ma courte existence. Je m’apprête à transcrire les motifs autrefois torturés de mon visage en mots, en phrases. En un message. Un message sur l’acné, et ce qu’elle entraîne.

L’acné. Cette amante indésirable qui depuis mes 13 ans me hante nuits et jours, et qui sans relâche corrompt la moindre de mes pensées, jusqu’aux plus infimes instants de bonheur.

Au début, cela a commencé doucement. La puberté approchant, quelques boutons se faisaient voir ici et là sur mon visage. Rien d’alarmant selon mes parents, et rien d’extraordinaire pour un jeune adolescent de nature déjà timide. Déjà à l’époque, je préférais la compagnie des écrans à celle des humains. J’avais tendance à trouver l’écran plus honnête dans sa façon de se montrer.

Pour être totalement franc, les boutons au début du collège ne me provoquaient que très peu de souffrance psychologique. Sans doute étais-je trop jeune pour constater à quel point le regard des autres était affecté par la maladie. Cependant, à mesure que l’acné progressait et gagnait en puissance, l’inquiétude de ma mère grandit également. Elle prit donc rendez-vous chez un dermatologue. Nonchalant comme à mon habitude, j’étais loin de me douter que ce monsieur qui me faisait face allait être le principal pilier de ma survie, des années plus tard. Ce jour là je n’étais qu’un enfant à qui les boutons faisaient un peu mal, et de qui les glaces de salle de bain se plaignaient. Je vous laisse deviner pourquoi.

Le dermatologue m’a donné un antiobiotique du nom de Doxycycline, ainsi qu’un arsenal de crèmes et autres soins à appliquer matin et soir. Sans le savoir je rentrais dans un protocole qui me suivrait pour le reste de ma vie. Et je m’appliquais sans discuter à bien suivre les instructions.

Malheureusement, rien de tout ce que je pouvais faire ne semblait amoindrir mon acné. Au fil des années, au fil du désespoir, je me suis égaré sur la route d’éventuels remèdes, pour la plupart naturels.

Pendant toute la course du collège et du lycée, j’ai essayé l’argile, les gommages, l’homéopathie ; toute une panoplie d’éventuelles solutions naturelles qui ne changèrent rien. Et, fait amusant, l’acné en est venu à me conduire face à un magnétiseur. Moi, grand cynique qui ne croit qu’en ce qui peut être prouvé, je suis allé voir un magnétiseur. Et lui aussi s’avéra incapable de m’aider.

Alors après ça, j’ai abandonné tout espoir de redevenir comme les autres. Que ce soit physiquement, ou psychologiquement.

Cependant, ma réelle défaite – et je le comprends aujourd’hui – a été mon manque de clarté vis-à-vis de mon mal-être. Depuis quelques temps déjà, mon dermatologue me parlait de ce traitement miracle connu sous le nom de Roaccutane. Derrière ce nom, une solution, mais avant tout, une liste longue d’effets secondaires, certains banaux, d’autres effrayants.

Il était clair, aux dires du spécialiste, que ce traitement allait être difficile, d’autant plus pour un jeune adulte qui était prisonnier de tant de souffrances.

Alors, pendant longtemps, ma mère et moi étions d’accord pour ne jamais, ô grand jamais, accepter ce traitement.

On m’a souvent dis de ne jamais dire jamais. En Août 2016, la vie m’a confirmé ce diction, de la pire des manières.

Je ne vais pas m’étendre sur ce qui est arrivé cet été là, car comme beaucoup d’histoires compliquées, quelques mots suffisent. Je suis tombé fou amoureux de la mauvaise personne. Et comme on peut s’y attendre, elle m’a laissée au moment où j’avais le plus besoin d’elle.

Ma réponse à cette épreuve a été violente. Une véritable tempête pour ma famille qui était loin de se douter de la souffrance qui me torturait depuis tant d’années.

J’ai pleuré. Beaucoup.

Et avec le peu de forces qu’il me restait, j’ai exigé deux choses.

Démissionner de mon BTS à venir.

Et prendre le Roaccutane.

Je pense sans vraiment en être sûr que ce chagrin d’amour a fait apparaître toutes mes souffrances aux yeux de mes proches. Il était clair à ce moment là qu’aucun futur ne pourrait être envisagé avec l’acné. Qu’aucun futur ne pourrait être envisagé dans le milieu scolaire.

Aussi, dans un sens, j’ai commencé à m’attaquer à chaque aspect négatif de ma vie.

J’ai reproché à ma mère, à mon père, aux enfants de mon père, à moi-même… J’étais dans ce qu’on pourrait appeler une phase destructrice. Ma famille a souffert de ces reproches, parfois violents. Mais aujourd’hui, même si je regrette la façon dont j’ai prononcée certaines choses, je sais que tout cela était nécessaire. J’avais besoin de remettre les pendules à l’heure.

Je me souviendrai toujours de ce moment chez le dermato. Je crois qu’à ce moment, ma mère, lui et moi, étions sans même le dire d’accord. Et je ne remercierai jamais assez ce Docteur pour avoir eu le courage de me prescrire Roaccutane malgré ma situation. C’était un risque, un pari avec et à l’encontre de la vie.

J’étais dépressif, au bort d’un véritable décès psychologique, et on m’a prescrit un médicament qui a entraîné dans de rares cas des tentatives de suicide.

Fin Septembre, après une prise de sang pour vérifier que mon foie allait bien, je commence Curacné à 20 mg. Si les effets secondaires perdurent tout le long de la cure, la disparition de l’acné suit un schéma qu’on peut retrouver dans beaucoup de cas.

Le premier mois présente une bonne amélioration des boutons. On comprend de suite qu’après tant d’années et de remèdes à la con, on fait face au seul et unique traitement pour l’acné sévère. Cependant – et mon dermatologue m’a bien prévenu – il ne faut pas se réjouir trop vite, car le deuxième mois est celui de la poussée. Tout ce qui était enfoui sous la peau dans l’attente de sortir… sort d’un seul coup. Ce fut mon cas.

La suite de la cure dépend des personnes, des doses et durées. Pour ma part, les trois, quatres, et cinquièmes mois ont vu la disparition, petit à petit, des boutons du visage.

La fin de la cure fut tranquille. Mon visage ne présentait que des cicatrices, et les boutons énormes dans mon dos commençaient eux aussi à décliner.

Au bout du huitième mois, « beau comme un dieu » selon les dires de mon dermato, je pris malgré tout la décision de rallonger la cure d’un mois, ayant été légèrement sous-dosé.

Pour vous expliquer grossièrement, la dose conseillée pour une cure de huits mois correspond à votre poids divisé par deux, en milligrammes. Faisant aux alentours de 60 kilos, 30 mg était ma dose conseillée, mais je n’ai fais qu’un mois à 20 mg et 7 mois à 25 mg.

Refaire un mois à 25 était donc pertinent, pour éviter le risque de rechute. Ma nouvelle phobie.

Pour vous expliquer l’enfer qui se cachait derrière le mot « rechute », je n’ai hélas qu’une seule image à vous faire part. Imaginez un revolver, au barillet vide à l’exception d’une seule balle. Et imaginez maintenant que chaque matin, au réveil, ce revolver est pointé vers moi, son barillet tourné comme dans les plus grands Westerns, et que cette main invisible dénommée Destin appuye sur la gâchette.

Une chance sur six. Voilà la statistique. Une personne sur six prenant le Roaccutane sombrera de nouveau dans l’acné. Alors, naturellement, l’image glauque de ma roulette russe matinale n’est pas des plus pertinentes, mais j’estime qu’elle représente au mieux mes toutes premières pensées au sortir d’une nuit de sommeil.

Mes mains glissent sur mon front, descendent par les tempes jusqu’aux joues, puis remontent sur le nez. Mon humeur sera alors déterminée par le nombre de boutons qui se sont fait maîtres de lieux.

Zéro bouton me permet d’espérer. Un bouton me dérange sans m’accabler. Deux boutons et plus, et me voilà déjà à entrevoir la perspective d’une rechute, et de tout ce que cela implique.

Je sais, cela peut paraître excessif. Mais l’acné ronge, déforme, détruit. Et quand nous, jeunes adultes voire jeunes adolescents, mettons notre santé en jeu pour nous débarasser une bonne fois pour toute de notre fardeau si injuste, il est parfois normal d’interpréter un nuage comme annonciateur de tempête.

Je n’ai pas eu d’effets secondaires graves. A vrai dire, j’ai eu le gros des effets communs : peau sèche, lèvres sèches, muqueuse du nez asséchée avec quelques saignements, migraines, fatigue physique et mentale.

Cependant, je n’ai pu m’empêcher de craindre l’apparition d’un effet indésirable plus sérieux. J’ai fais l’erreur de lire certains témoignages sur le roaccutane trouvables ici et là sur la toile. Et forcément, si on est de nature anxieuse, ces témoignages font peur.

Naturellement, cette peur m’accompagnera toute ma vie, tout comme les craintes de rechute.

Que se passera t’il le jour où mon acné reviendra ?

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